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mardi 17 février 2026

Le Maroc entre excellente campagne céréalière et tensions logistiques

Les professionnels de la filière céréalière anticipent un net redressement de la production nationale cette saison. Après un hiver marqué par des précipitations abondantes, négociants et meuniers estiment que la récolte pourrait quasiment doubler par rapport à l’an dernier, dans un pays qui demeure l’un des grands importateurs de grains en Afrique du Nord.

Moulay Abdelkader Alaoui, président de la Fédération nationale de la minoterie industrielle, table sur une production d’environ 6 millions de tonnes et envisage d’intégrer davantage de blé local aux réserves stratégiques, sans pour autant réduire le recours aux marchés internationaux. De son côté, Omar Yacoubi, président de la Fédération nationale des commerçants de blé, évoque une récolte comprise entre 8 et 9 millions de tonnes, dont près de 5 millions de tonnes de blé tendre. La campagne précédente s’était soldée par 4,4 millions de tonnes, dont 2,4 millions de blé tendre.

Les précipitations enregistrées cet hiver ont dépassé de 34 pour cent la moyenne des trente dernières années et ont été trois fois supérieures à celles de la saison précédente. Le taux de remplissage des barrages atteint désormais 70 pour cent, contre environ 25 pour cent un an plus tôt, selon le ministère de l’Agriculture. Les superficies emblavées en céréales ont progressé à 3,7 millions d’hectares, contre 2,6 millions l’an passé.

Des inondations ont toutefois touché les plaines fertiles du nord-ouest, détruisant quelque 110 000 hectares. Leur impact est jugé localisé par les professionnels, qui s’attendent à ce que les pertes soient compensées par de meilleurs rendements dans d’autres grandes zones de production.

Dans ce contexte, les acteurs du secteur ont demandé aux autorités de prolonger jusqu’au 1er juin la subvention à l’importation de blé, habituellement levée au 1er mai. Ils estiment que cette mesure permettrait d’absorber les surcoûts liés aux intempéries et aux perturbations logistiques.

Depuis la mi-décembre, fortes houles et tempêtes ont ralenti les opérations dans les ports de Casablanca et de Jorf Lasfar, qui assurent l’essentiel des importations de blé. Les retards pèsent sur les opérateurs alors que les cours internationaux restent inférieurs au seuil ouvrant droit à la subvention. En début de semaine, environ 70 navires transportant un million de tonnes de blé attendaient au large, contribuant à maintenir les stocks à des niveaux faibles. Les importateurs s’acquittent d’environ 20 000 dollars par jour pour chaque navire immobilisé.

Traditionnellement, seule la moitié de la production nationale est livrée aux minoteries industrielles, une part importante étant conservée par les petits agriculteurs pour leur consommation. Cette année, les professionnels espèrent que la qualité attendue des récoltes favorisera une collecte plus importante.

Sur le plan des échanges, les exportateurs français prévoient de couvrir près des deux tiers des besoins marocains en blé tendre, soit environ 3,5 millions de tonnes. Entre juin 2025 et janvier 2026, le Maroc a importé 7 millions de tonnes de céréales, en hausse de 12 pour cent sur un an, dont 3,2 millions de tonnes de blé tendre. La France demeure le premier fournisseur avec 2,26 millions de tonnes, devant l’Argentine, la Russie, l’Allemagne et les États-Unis.

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L'invité du Nouvelliste Maroc

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